Le manager qui veut faire progresser tout le monde
Il revient de son entretien annuel avec la DRH. On lui a parlé de développement des compétences. Il trouve ça juste, il a envie de bien faire.
Alors il prend ses six collaborateurs, un par un, et il leur demande quel est leur axe de progrès. Chacun en trouve un — on trouve toujours. Il note. Il propose une formation à l'un, un livre à l'autre, un accompagnement au troisième. Il met un point de suivi dans six mois.
Six mois plus tard : personne n'a lu le livre. La formation a été suivie, et il ne s'est rien passé après. Le troisième a oublié de quoi il s'agissait. Le manager en conclut que ses gens ne sont pas moteurs.
Il a fait quatre erreurs, et ce sont les quatre erreurs classiques.
Les quatre erreurs
1. En faire une option. « Si tu veux, on peut travailler ça. » Ton collaborateur entend : ce n'est pas important. Le coaching n'est pas un bonus offert aux volontaires, c'est un dispositif que tu enclenches parce que la situation l'exige.
2. Confondre formation et coaching. Tu n'enseignes pas. Tu supervises quelqu'un qui se développe. Conséquence libératrice : tu peux coacher dans un domaine où tu es moins bon que lui. Tu n'as pas besoin de mieux parler en public que Christophe pour coacher Christophe sur sa prise de parole — tu as besoin de savoir structurer un processus de progression.
3. Ne coacher que les faibles. C'est le réflexe majoritaire et c'est un contresens économique. Vingt pour cent de tes collaborateurs produisent l'essentiel du résultat. Investir sur eux a le meilleur rendement — et ce sont eux qui partent quand rien ne bouge. Le coaching est aussi un outil de rétention.
4. Corriger les points faibles. Ton cerveau est câblé pour repérer l'anomalie ; c'est utile pour survivre et désastreux pour manager. Amplifier un point fort rapporte plus que réparer un point faible.
Georges fait le reporting et rame sur Excel. Clémentine est excellente sur Excel. Transférer le reporting à Clémentine, c'est gagner quatre fois : Georges est libéré, Clémentine est valorisée, le reporting est meilleur, l'équipe est plus rapide. La seule exception : coacher un point faible quand il empêche l'expression du point fort.
Pourquoi il arrive en quatrième
Le coaching est le seul des quatre outils qui soit conditionnel aux trois autres.
- Sans 1-à-1, tu n'as ni le canal hebdomadaire pour suivre, ni la connaissance de la personne pour cibler quoi que ce soit.
- Sans feedback, tu ne sais pas distinguer il ne sait pas faire de il ne veut pas faire. Coacher un problème de volonté est une perte de temps pure.
- Sans délégation, tu n'as aucune raison objective de développer quoi que ce soit. Le besoin n'existe pas encore.
C'est le point le plus mal compris de la séquence. On imagine qu'on développe d'abord, qu'on confie ensuite. En pratique c'est l'inverse : tu délègues, ça bloque à une gare, et le blocage te dit exactement quelle compétence développer. Le coaching n'invente pas un besoin, il répond à un besoin apparu.
Les trois déclencheurs
Tu ne coaches pas parce que c'est le moment de l'année. Tu coaches quand l'un de ces trois signaux apparaît.
1. Un plateau ou une régression sur une mission essentielle. La progression ne va jamais en ligne droite : elle avance en tire-bouchon — deux pas en avant, un en arrière, un palier, puis ça repart. C'est la courbe en queue de cochon, et c'est le régime normal de tout apprentissage. Ce qui déclenche n'est pas la baisse, c'est la stagnation prolongée sur quelque chose qui compte.
2. Des feedbacks qui ne tiennent pas. Cinq feedbacks sont passés sur le même comportement, rien n'a bougé, et le diagnostic penche du côté de la compétence. C'est un sujet de coaching.
3. Une délégation bloquée entre deux gares. Le cas le plus fréquent et le plus propre. La gare 3 n'est pas franchie depuis trois semaines : la compétence manquante est identifiée, nommée, et son utilité est évidente pour les deux parties.
L'entretien de coaching, cinq phases
1. Dire pourquoi, positivement
Pas « il y a un problème ». Quelque chose comme : « tu es la personne qui tient la relation client de l'équipe, et il y a un cran à passer sur la présentation en comité. Je veux qu'on y travaille. »
2. Le collaborateur formule l'objectif
Pas toi. Lui. Ton rôle est de le rendre précis, ce qui veut dire trois choses :
- une date, pas une durée ;
- un comportement observable, pas une qualité — « faire une présentation de quinze minutes en comité », pas « être plus à l'aise à l'oral » ;
- un niveau mesurable — « sans notes, et les trois questions du comité obtiennent une réponse ».
Ce qui donne : « Le 15 mars, Sophie présente le reporting au comité en quinze minutes, sans notes, et répond aux trois questions posées. »
Il y a un an, on aurait appelé ça un objectif SMART. La différence tient à la date en tête et à l'obligation d'observable : ça rend l'objectif trop concret pour être ignoré.
3. Brainstormer les ressources — lui d'abord
Règle absolue : tu n'es jamais dans la liste des ressources.
Si tu y es, tu viens de te transformer en solution, et la délégation inversée est garantie : à la première difficulté, il reviendra te chercher au lieu de chercher.
Alors on liste large, deux minutes, sans filtrer : des personnes, des livres, des formations, des situations à provoquer, des gens à observer. La quantité compte plus que la qualité — c'est ce qui met le cerveau en mode recherche. Une idée est dangereuse quand c'est la seule qu'on a.
Puis il sélectionne. Et pour chaque ressource retenue, on définit comment on vérifiera qu'elle a servi.
4. Les étapes — et le mot qui change tout
Chaque étape comporte une date, une action, une mesure. Et chaque action est formulée comme un livrable, pas comme une tâche.
La distinction est le cœur du modèle.
| Tâche | Livrable |
|---|---|
| « Lis ce livre ce mois-ci » | « Vendredi 17h, envoie-moi la photo du reçu d'achat » |
| « Renseigne-toi sur le sujet » | « Mardi midi, envoie-moi trois lignes sur ce que tu retiens du chapitre 1 » |
Une tâche peut être ignorée sans conséquence : personne ne sait si elle est faite. Un livrable crée un acte — envoyer, c'est s'engager ; ne pas envoyer, c'est manquer. Si l'organisation ne sait pas que c'est fait, ce n'est pas fait.
Trois règles de calibrage :
- Les premières étapes doivent être minuscules. Une à deux minutes d'effort. Ce n'est pas de la condescendance : c'est ce qui crée l'élan. Les deux premières semaines prédisent le reste.
- On ne planifie que une à deux semaines à l'avance. Un plan à six mois sera pulvérisé par le premier imprévu. On replanifie en 1-à-1, chaque semaine.
- La difficulté monte progressivement. Jamais la grosse marche en premier.
5. Le suivi
En 1-à-1, partie 3. Et c'est lui qui informe — pas toi qui demandes. Chaque livrable reçu appelle un feedback : positif s'il est là, correctif s'il manque.
Quand le coaching accompagne une délégation, les étapes de coaching s'insèrent avant la gare suivante. Les deux outils s'imbriquent au lieu de se concurrencer.
Prendre du recul : la machine adaptative
Le coaching individuel a un pendant collectif, et c'est ce qui empêche de coacher au hasard.
Ton équipe n'est pas un groupe de personnes, c'est une machine qui doit rester adaptée à son environnement. Trois critères : performante (concentrée sur sa vraie valeur ajoutée), optimisée (chacun sur ses points forts), adaptable (elle se remet en question avant d'y être forcée).
Un exercice, une fois par trimestre : agrège les missions de chacun, la tienne comprise, et dégage les cinq missions essentielles de ton service. Puis vérifie deux choses. Rien ne manque — il y a souvent une mission critique qui n'est rattachée à personne, la communication avec le service voisin par exemple. Rien n'est de trop — il y a souvent des tâches héritées qui ne relèvent plus de votre valeur ajoutée.
Les déséquilibres que tu repères deviennent mécaniquement soit des délégations à lancer, soit des coachings à ouvrir.
Une routine mensuelle de quinze minutes suffit à tenir le cap. Quatre questions : où en est l'équipe sur sa courbe ? la carte des missions est-elle à jour ? sommes-nous capables d'affronter ce qui arrive dans six mois ? la répartition est-elle toujours optimale ?
C'est aussi la seule manière de sortir de la marmite aux grenouilles — cette dérive lente qu'on ne détecte plus parce qu'on est dedans. La température monte d'un degré par mois. Personne ne le remarque de l'intérieur. Il faut sortir du flux, périodiquement, pour regarder l'eau.
Ce que tu peux faire lundi
N'ouvre pas de coaching. Vérifie d'abord que tu as le droit.
Trois questions. Est-ce que tu tiens des 1-à-1 hebdomadaires depuis au moins trois mois ? Est-ce que tu donnes du feedback comportemental régulièrement ? Est-ce que tu as une délégation en cours ?
Trois oui : tu peux. Regarde qui est bloqué entre deux gares — c'est ton premier coaching, et il est déjà tout désigné.
Un non quelque part : ton chantier est ailleurs, et il est dans l'ordre des outils.
Ton hamster adore le coaching. C'est le seul des quatre outils qui ressemble à une conversation agréable et qui permet de repousser les trois autres.
Pour aller plus loin — La mécanique du manager · Le feedback · Autonomie et délégation
Meilleur Manager forme des managers opérationnels francophones avec le programme MEOP. La conférence d'introduction est gratuite et dure 30 minutes.
Commentaires (0)
Aucun commentaire pour le moment.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.